Les obstacles dans l’apprentissage du yoga : comprendre les kleshas pour mieux enseigner

kleshas

Par Rosa Aguilera — Fondatrice de Yoga du Sud, formatrice certifiée Qualiopi

« Ne croyez pas sur la foi les traditions, bien qu’elles soient en honneur depuis de nombreuses générations. Après examen, croyez ce que vous-même aurez expérimenté et reconnu raisonnable, qui sera conforme à votre bien et à celui des autres. » — Extrait du Kamala Sutra

En tant que professeur de yoga, vous avez certainement observé des élèves abandonner leur pratique, stagner malgré leurs efforts ou se décourager face aux difficultés. Ces blocages ne sont pas nouveaux : Patanjali les décrivait déjà dans les Yoga Sutras il y a plus de deux millénaires. Comprendre ces obstacles — les kleshas et les neuf freins à la pratique — est essentiel pour tout enseignant de yoga qui souhaite accompagner ses élèves avec profondeur et bienveillance.

Cet article vous propose un guide complet, ancré dans la philosophie traditionnelle du yoga et enrichi par des décennies d’expérience en formation d’enseignants.

Souffrance et ignorance : les racines des obstacles selon Patanjali

La souffrance — douleur morale ou physique — est le point de départ de toute quête yogique. Et sa source, selon la tradition, est l’ignorance (avidya). Non pas un simple manque de connaissances intellectuelles, mais une déconnexion profonde de notre vraie nature.

Il faut du courage pour regarder ses souffrances en face, plutôt que de se réfugier dans une bulle protectrice. Car cette bulle finit toujours par exploser, tôt ou tard. La plupart d’entre nous préfère se détourner : le travail, les mondanités, les passions sportives ou politiques… tout plutôt que de faire face à ses responsabilités et à l’obligation de changer.

Pourtant, quand soi-même on va un peu mieux, quand on cesse d’être une charge lourde pour les autres, on peut enfin comprendre et aider ceux qui traversent ces mêmes épreuves. Comme le dit cette image parlante : quand on soulève ne serait-ce que le pied d’une table, l’ensemble du plateau se soulève un peu.

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Les 5 kleshas : les causes profondes de la souffrance en yoga

Dans les Yoga Sutras (II.3), Patanjali identifie cinq causes fondamentales de la souffrance, appelées kleshas. Pour tout professeur de yoga, les comprendre permet d’adapter son enseignement aux besoins réels de ses élèves.

1. Avidya — L’absence de connaissance

Avidya ne désigne pas simplement l’ignorance intellectuelle. C’est l’absence de cette sagesse profonde (vidya) qui émerge quand on capte sa vraie nature, quand on est en harmonie avec sa conscience. L’Ayurveda considère d’ailleurs Avidya (Prajanapradha, le « crime contre la sagesse ») comme la cause principale des maladies du corps et du mental.

Toutes les autres causes de souffrance découlent directement d’Avidya. C’est pourquoi il est essentiel, dans notre pédagogie, de ne pas séparer les styles de yoga. Le chemin vers Vidya demande de réunir tous les aspects de la pratique, notamment à travers le Jnana Yoga.

2. Asmita — L’égoïsme

Faute de connaître notre vraie nature, nos sens et notre mental se tournent vers l’extérieur, cherchant désespérément une raison d’être. L’égoïsme naît de cette quête vaine : d’abord un simple « je suis », puis le besoin de qualificatifs externes. L’ego s’attache aux choses, les déteste, et la dualité devient source de souffrance perceptible.

Bhakti (la dévotion), Dharana (la concentration) et Dhyana (la méditation) sont les outils principaux pour travailler sur Asmita avec nos élèves.

3. Raga et Dvesha — L’attachement et l’aversion

On ne peut pas parler de l’un sans l’autre. Les attachements génèrent l’aversion, et l’aversion génère l’attachement. Ensemble, ils représentent le plus grand obstacle dans la voie du yoga. Nous nous définissons par ce que l’on aime et ce que l’on n’aime pas — et dès qu’on évoque le non-attachement, l’esprit se ferme presque instinctivement.

C’est le rôle de la philosophie du yoga — les yamas, les niyamas, les quatre objectifs de la vie — de nous aider à sortir du dualisme. Les pranayamas jouent également un rôle essentiel dans ce processus.

4. Abhinivesha — La peur de la mort

De nos attachements et aversions naît la peur primordiale : la peur de la mort. Ne captant que l’existence dualiste, notre mental n’arrive pas à concevoir une autre réalité. Abhinivesha est la première peur, celle qui donne naissance à toutes les autres. Plus les peurs s’installent, plus l’emprise d’Avidya grandit — et le cycle vicieux des 5 kleshas se renforce.

La meilleure arme contre les peurs reste Vidya — la connaissance et la sagesse. Les peurs commencent à disparaître dès que l’on travaille sur les autres kleshas.

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Les 9 obstacles de Patanjali dans la pratique du yoga

Au-delà des kleshas, Patanjali énumère dans les Yoga Sutras neuf obstacles concrets que tout pratiquant rencontre sur son chemin. Les connaître à l’avance est un atout précieux, que l’on soit enseignant ou élève.

La maladie (vyādhi), le manque d’énergie (alasya), les incertitudes (saṃśaya), la négligence (pramada), le manque de concentration ou la paresse (styana), la vision erronée (bhrāntidarśana), la difficulté à avancer vers l’état de yoga (alabdha bhūmikatva), la difficulté à rester dans les états établis (anavasthitatvāni) et l’absence de non-attachement aux choses (avirati).

Que personne ne se trompe : la tradition marque clairement un chemin long et exigeant. Pour réussir, la discipline doit être solide dans le temps, constante, ininterrompue, positive, passionnée et intelligente. Tout comme un musicien se construit par une pratique assidue et un énorme dévouement, le yogi avance pas à pas vers sa maîtrise.

Le feu intérieur : tapas, la clé pour dépasser les obstacles

La volonté ouvre les portes, mais c’est la passion qui fait le travail. La clé est de comprendre profondément ce que l’on fait, au point de l’aimer de tout son cœur. Il n’y a pas de force aussi pénétrante que l’amour de sa pratique.

Cette passion est désignée dans la tradition sous le nom de tapas — chaleur intérieure, énergie intense qui s’éveille à la suite d’une ascèse. Bien dirigée, cette chaleur agit comme un purificateur et un déblocage d’obstacles. C’est l’énergie supplémentaire nécessaire pour entamer un long chemin de transformation.

Cependant, baser la pratique sur la seule volonté nous rend forts mais rigides, solides mais lourds. Le yoga nous enseigne l’équilibre entre effort et abandon, entre détermination et lâcher-prise.

Pédagogie du yoga : les difficultés concrètes de vos élèves

Nous, professeurs de yoga, avons pour mission d’enseigner et d’accompagner nos élèves dans leur processus d’apprentissage. Bien que chaque parcours soit unique, certains obstacles sont communs à la grande majorité. Après des décennies d’enseignement, je peux vous assurer que le processus d’apprentissage est délicat et passe par de nombreuses phases. Les connaître permet d’anticiper les frustrations et de fournir les moyens de sortir du labyrinthe.

L’insécurité du débutant

Lorsqu’on commence une nouvelle activité, l’insécurité est naturelle : quels vêtements porter, comment se comporter, puis-je poser des questions ? Un entretien préalable où l’on explique le type de yoga et la pratique aide considérablement. Le message essentiel à transmettre : le yoga est pour tout le monde, et la seule chose à ne pas faire est de se surmener.

Le manque d’écoute de soi

S’écouter soi-même est tout un monde, et notre éducation ne l’a souvent pas facilité. En tant qu’enseignants, nous devons constamment donner des directives d’écoute afin que chaque élève soit attentif à ses limites, s’arrête pour les ressentir et libère les tensions éventuelles.

La compétitivité dans le cours de yoga

Nous vivons dans une société compétitive. Certains élèves veulent être « au sommet », ne pas montrer leur faiblesse. Le rôle de l’enseignant est de démystifier un yoga excessivement physique ou acrobatique, et de rappeler que le yoga est une attitude de présence, de centrage et d’acceptation.

L’impatience et l’ennui

Le chemin est long. Les tensions accumulées pendant des décennies ne disparaissent pas en quelques séances. Après l’enthousiasme initial, l’élève peut perdre sa motivation. Comme le dit la tradition : si l’on creuse un trou ici et un trou là dès que l’on trouve un sol dur, on n’atteindra jamais la veine d’eau. En tant qu’enseignants, nous devons être équanimes devant les hauts et les bas de nos élèves.

L’instabilité dans la régularité

Paradoxalement, c’est souvent le stress — la raison même pour laquelle on vient au yoga — qui empêche d’être régulier. Une réunion trop longue, les enfants à récupérer, les vêtements oubliés… L’espace de yoga doit être placé à un niveau hiérarchique élevé dans les priorités de l’élève, sinon la tentative sera vaine. En tant qu’enseignants, nous devons inviter à la persévérance et développer un esprit de curiosité qui passionne.

Les difficultés avec les limites physiques

Le yoga est l’équilibre entre le corps et l’esprit, entre l’effort et l’abandon. Les débutants sont souvent trop prudents (peur de se blesser, de tomber), tandis que les avancés pèchent parfois par excès (vouloir forcer une posture non maîtrisée). L’enseignant doit rappeler à chacun l’essentiel : parfois il faut adoucir, parfois intensifier.

Le malaise physique et le processus de purification

Le yoga est une purification du corps et de l’âme. Les vieilles tensions qui veulent être libérées remontent à la surface, et l’élève débutant peut confondre ce processus avec l’idée que « le yoga ne me convient pas ». Il est judicieux de conseiller, dans ces moments, un accompagnement complémentaire : médecine naturelle, ostéopathie, régime alimentaire équilibré.

Les buts de l’âme : une pratique intelligente et éveillée

La pratique n’est pas la vie, mais la possibilité de la vivre plus intensément. Il est crucial de distinguer les objectifs de l’ego (pouvoir, contrôle, supériorité) des objectifs de l’âme : renforcement de nos mécanismes de santé, capacité de centrage, connexion avec la totalité qui nous entoure.

Aborder sa pratique à partir d’une écoute profonde est fondamental. De quoi ai-je besoin en ce moment ? Me tonifier, m’assouplir, me détendre ? Me concentrer, m’orienter, comprendre ? Avancer progressivement vers ses objectifs, comme un alpiniste le fait par étapes, en mesurant ses efforts sans oublier le détachement.

« La pratique est un soutien mais ce n’est pas une valeur sûre. La seule chose que nous pouvons faire est de sentir que nous avons fait du bon travail, fait de tout cœur, à partir de l’écoute, sans prétention. »

Transformer les obstacles en opportunités pédagogiques

En tant qu’enseignants de yoga, notre mission va au-delà de la transmission technique. Comprendre les kleshas et les obstacles de Patanjali nous permet d’accompagner nos élèves avec la profondeur que mérite cette science ancienne. Chaque obstacle est aussi une porte d’entrée vers une compréhension plus fine de soi-même et de l’enseignement.

Le yoga n’est pas un simple cours de stretching. C’est une invitation à se connaître, à se transformer et à éclairer le chemin des autres. Et c’est ce que nous cultivons chaque jour chez Yoga du Sud, dans nos formations certifiées Qualiopi pour les futurs et actuels enseignants de yoga.

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Comprendre les blocages dans la pratique du Yoga

Qu’est-ce que les « Kleshas » et pourquoi influencent-ils ma pratique ? Les Kleshas sont les cinq causes racines de la souffrance identifiées par Patanjali. Ils agissent comme des voiles mentaux (ignorance, ego, attachement, aversion, peur) qui colorent notre perception de la réalité. En yoga, identifier quel Klesha domine un blocage permet de choisir la technique adaptée (méditation pour l’ego, respiration pour la peur, etc.) pour s’en libérer.

Comment différencier la douleur physique « normale » d’un processus de purification ? Le yoga libère des tensions chroniques stockées dans les fascias et les muscles. Un « malaise » de purification est souvent global et s’accompagne d’un sentiment de libération émotionnelle. Une douleur « normale » est aiguë, localisée et signale une limite physique à ne pas franchir. Un bon enseignant aide à cultiver le Viveka (le discernement) pour faire la distinction.

Pourquoi l’ego (Asmita) est-il considéré comme un obstacle en yoga ? L’ego cherche la performance et la comparaison. Sur le tapis, cela se traduit par la volonté de réussir une posture complexe au détriment de l’alignement ou du souffle. Le yoga vise à passer du « faire » (ego) à l' »être » (conscience), où la posture n’est plus une fin en soi, mais un outil d’observation.

Qu’est-ce que le « Tapas » et comment l’utiliser sans se blesser ? Tapas est le feu de la discipline et de la transformation. C’est l’ardeur qui nous pousse sur le tapis même quand la motivation manque. Pour éviter la rigidité, Tapas doit toujours être équilibré par Ishvara Pranidhana (le lâcher-prise), créant ainsi une pratique à la fois intense et fluide.

À propos de l’auteure

Rosa Aguilera est la fondatrice de Yoga du Sud, organisme de formation certifié Qualiopi basé dans le sud de la France. Avec plus de 250 enseignants diplômés et un taux de satisfaction de 97%, Yoga du Sud propose des formations complètes (200H, 300H, parcours 100H YACEP) alliant pédagogie traditionnelle, yoga adapté et spécialisations uniques (yoga féminin, seniors, Vinyasa).

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